Octobre 2026 · Numéro 03Sommaire

ZARİF ATELIER

LE VOLUME ÉLÉGANT DU JAUNE PROFOND : NOUS COUSONS UNE JUPE-CULOTTE

En octobre, Zarif Atelier réalise cette fois de ses propres mains une pièce aperçue dans nos pages Mode & Style, à la fois affirmée et facile à porter : la jupe-culotte longueur midi.

Fluide et féminin comme une jupe, confortable comme un pantalon, ce modèle doit son caractère à deux éléments : la ligne nette et tailleur de la taille, et l’ampleur généreuse qui s’évase vers le bas. De face, les plis profonds font oublier la forme du pantalon et créent une allure de jupe midi, ou presque. À chaque pas, les deux larges jambes se séparent et révèlent que la pièce est, en réalité, un pantalon.

NOTRE COULEUR : LE JAUNE PROFOND

Pour ce modèle, nous avons préféré le jaune profond au camel classique. Proche de la moutarde sans trop virer au brun, porteur d’une chaleur dorée, ce ton appartient à l’automne mais n’alourdit jamais la silhouette.

Associé au blanc et à l’écru, il est lumineux ; avec le bleu marine, plus citadin ; avec des accessoires en cuir châtaigne et cognac, il compose une chaleureuse allure d’octobre. Ainsi, bien que la jupe-culotte porte elle-même une couleur affirmée, elle devient une pièce étonnamment facile à associer dans la garde-robe.

QUEL TISSU CHOISIR ?

La beauté de ce modèle tenant à son volume, le choix du tissu est essentiel. Il ne doit être ni trop fin et vaporeux, ni raide et épais. Nous le voulons assez étoffé pour tenir les plis, et assez mobile pour s’ouvrir à la marche.

Un crêpe de laine mélangée de grammage moyen, une gabardine au tombé dense, un tissage de qualité en viscose mélangée ou un tissu tailleur légèrement élasthanné sont de bons choix. Une viscose trop fine peut affaisser la forme du modèle ; un lourd drap de manteau, en revanche, rigidifie les jambes plus que de raison.

Avant d’acheter le tissu, faites un petit test : pliez-le dans votre main en forme de pli, puis relâchez-le. Si la marque du pli se tient joliment mais que le tissu retombe doucement sous son propre poids, vous êtes dans la bonne zone pour ce modèle.

LISONS LE PATRON

Les pièces de base de notre patron sont le devant, le dos du pantalon et la ceinture. Si vous ajoutez des poches, les fonds de poche et les pièces complémentaires nécessaires se préparent à part. Sur un patron multitaille, chaque taille est indiquée par un trait distinct ; il est important de suivre le trait de votre taille du début à la fin pour la coupe.

Le modèle est taille haute. Les plis profonds du devant ne sont pas seulement décoratifs : ils donnent à la jupe-culotte son ampleur caractéristique. Le dos reste plus sobre, de sorte qu’en dépit du volume du devant, aucune ampleur superflue ne se forme autour de la taille et des hanches.

En plaçant le patron sur le tissu, respectez impérativement le droit-fil. Sur un modèle aux jambes aussi amples, le moindre décalage des pièces sur le tissu peut faire tirer les jambes dans des directions différentes une fois le vêtement terminé.

Avant de couper, comparez vos tours de taille et de hanches ainsi que la longueur finie souhaitée avec le patron. N’oubliez pas qu’une longueur midi ne tombe pas au même endroit chez tout le monde ; ajuster la longueur sur la ligne de rallongement/raccourcissement du patron, plutôt que de raccourcir au hasard le bas des jambes, préserve bien mieux la silhouette.

L’ORDRE DE COUTURE

Commencez par fermer les plis des pièces de devant selon les repères du patron, puis repassez-les. Ici, le repassage compte autant que la couture : plutôt que d’écraser les plis en lames tranchantes, nous voulons les marquer avec maîtrise uniquement dans le haut, et laisser le tissu s’ouvrir à nouveau plus bas.

Les poches sont préparées puis montées sur les devants. On assemble ensuite devants et dos en fermant les coutures d’entrejambe et de côté. Une fois la couture de fourche terminée, le véritable volume du pantalon commence à apparaître.

La ceinture est préparée puis montée sur le vêtement. La bonne tenue de la taille est l’un des points de tailleur les plus importants de ce modèle, car c’est précisément elle qui équilibre la silhouette ample du bas. Une fois la fermeture posée, toute la jupe-culotte est de nouveau essayée.

À la dernière étape, nous décidons de la longueur des jambes. Notre modèle est midi : pas un long palazzo. Cette proportion, qui s’arrête au-dessus de la cheville, permet de la porter aussi bien avec des talons qu’avec des mocassins, des slingbacks ou des bottines.

Avant d’ourler, il est judicieux de laisser reposer le vêtement un moment sur cintre, puis de vérifier à nouveau la hauteur de chaque jambe par rapport au sol. Au repassage final, la taille et le haut restent nets, tandis que les jambes qui s’évasent vers le bas sont laissées souples et mobiles.

ZARİF ATELIER

Parmi les branches dorées : une nappe fleurie brodée au « point de Chine »

Tulipes jaunes, œillets roses, fleurs turquoise et feuilles vert olive… Dans ce motif inspiré des broderies de Semiha Hanım, les fleurs sont reliées entre elles par des branches dorées tout en volutes. La fleur bleue en éventail, au centre, insuffle du mouvement à la composition, tandis qu’un fin galon doré encadrant les quatre côtés de la nappe crème parachève l’ouvrage d’une ligne sobre.

Nous brodons cette nappe à la machine à coudre, en piqué libre, selon la technique de la broderie « point de Chine », une peinture à l’aiguille (point passé empiétant). Les points longs et courts qui s’imbriquent les uns dans les autres fondent les nuances de couleur et donnent aux fleurs et aux feuilles de doux ombrés.

Le choix du tissu : un fond qui porte le motif

Le point de Chine peut se broder sur différents tissus. Pour une nappe, en revanche, il importe que le tissu ait de la tenue, un beau tombé et qu’il supporte la densité de la broderie.

Pour cet ouvrage, nous recommandons un tissu de linge de table en coton-lin, crème clair ou blanc cassé, à tissage serré, à la surface régulière et d’épaisseur moyenne. Un tissu au tombé souple mais suffisamment étoffé embellit la nappe terminée. Une surface à tissage trop lâche ou extensible peut rendre plus difficile la broderie des fines branches et des petites fleurs.

Nous déterminons les dimensions de la nappe selon l’endroit où elle sera utilisée. Pour une table basse, par exemple, une nappe de 90 × 90 cm une fois terminée convient bien ; nous coupons le tissu en ajoutant une valeur d’ourlet sur chaque côté. Nous préparons le tissu en le lavant au préalable et en le repassant selon ses instructions d’entretien.

Matériel nécessaire

• Tissu de linge de table en coton-lin, crème clair ou blanc cassé

• Machine à coudre adaptée à la broderie au tambour

• Tambour à broder rond à double cercle, se déplaçant aisément sous la machine

• Fils à broder machine en viscose/rayonne, en bobines de couleur

• Fil métallisé jaune doré adapté à la broderie machine

• Fil de canette fin

• Fil à coudre polyester de la couleur du tissu pour les ourlets

• Aiguille machine adaptée au tissu et au fil

• Gabarit du motif brut (sur cette page)

• Crayon de transfert adapté au tissu ou papier carbone à broder

• Petits ciseaux à broder, règle et fer à repasser

Le choix des fils : couleur et éclat

Pour les fleurs et les feuilles, nous utilisons du fil à broder machine en viscose/rayonne, en bobines. Sa surface légèrement brillante rend visibles les dégradés créés par le point de Chine. Choisir les couleurs dans une même gamme de fils facilite la régularité de l’épaisseur et de la brillance.

Pour les branches en volutes, certains contours de fleurs et le fin galon, nous privilégions un fil métallisé jaune doré adapté à la broderie machine. Ces produits se trouvent aussi sous l’appellation « fil à broder métallique ».

Le jaune doré des tulipes et l’or métallisé remplissent des rôles différents. Le fil à broder jaune forme le remplissage des fleurs ; le fil métallisé ajoute au motif des lignes scintillantes.

Famille de couleursNuances à choisirUtilisation
BleuTurquoise clair, turquoise vif, turquoise foncéLa fleur en éventail du centre et les petites fleurs bleues
RoseRose poudré, rose vif, rose foncéLes œillets
JauneJaune doré, jaune ambréLes tulipes et les petites fleurs jaunes
VertOlive clair, vert olive, olive foncéLes feuilles et la base des fleurs
Or métalliséJaune doréLes branches en volutes, les fines touches et le galon

Nous arrêtons les références exactes des couleurs sur le nuancier de la gamme de fils choisie. Voir les tons côte à côte sur le tissu de la nappe aide à juger de leur harmonie entre eux et avec le fond.

Reporter le motif sur le tissu

Nous marquons d’abord le centre de la nappe. En plaçant le motif floral ovale, nous laissons suffisamment d’espace tout autour.

Nous traçons la ligne du galon à égale distance des quatre bords. Cette distance se calcule d’après les dimensions une fois l’ourlet fait ; sur une nappe de 90 × 90 cm, un galon placé à environ 4 cm du bord ourlé est bien équilibré.

Nous reproduisons le gabarit brut de cette page à la dimension choisie, puis le reportons sur le tissu. Les contours des fleurs, la séparation des pétales, les nervures des feuilles et les branches en volutes doivent être clairement visibles. Nous testons d’abord le produit de transfert sur une petite chute de tissu pour vérifier comment s’effacent ses traces.

Choisir et installer le tambour

Le tambour à broder rond à double cercle doit maintenir le tissu sous une tension égale et l’empêcher de glisser pendant le travail. On peut utiliser un tambour en bois à la surface lisse ou un tambour en plastique adapté.

Nous choisissons le diamètre du tambour selon la surface de travail du motif et l’espace disponible sous le bras de la machine. Il n’est pas nécessaire de tendre tout le motif sur le tambour en une seule fois ; les grands motifs peuvent se broder section par section.

En broderie machine, le tambour se monte à l’inverse de la broderie à la main : le tissu est tendu de façon à reposer bien à plat sur le plateau de la machine. Nous veillons à ce que la surface soit plane, sans étirer le tissage en tirant dessus, et vérifions que le tambour se déplace librement sous la machine. Lorsque nous déplaçons le tambour, nous prenons soin de ne pas écraser la broderie déjà réalisée.

Préparer la machine

Nous brodons le point de Chine sans pied-de-biche, directement avec l’aiguille. Nous retirons le pied et désactivons les griffes d’entraînement comme l’indique le manuel de la machine. Ainsi, ce n’est pas la machine qui fait avancer le tissu, mais les mains qui guident le tambour.

Une fois l’aiguille, le fil supérieur et la canette préparés, nous travaillons sur une chute d’essai du même tissu. D’abord une ligne, puis le remplissage d’une petite feuille ou d’un pétale.

Nous vérifions que les points du dessus et du dessous sont équilibrés, que le fil avance sans casser et que le tissu ne fronce pas plus que nécessaire.

Le fondement du point de Chine : des points qui s’imbriquent

Dans le point de Chine, le remplissage se construit avec des points longs et courts posés côte à côte. Les points de chaque nouveau rang viennent s’insérer entre ceux du rang précédent et unifient la surface. L’absence de limite nette à la jonction des rangs est la caractéristique essentielle de cette technique.

Dans la méthode décrite par Semiha Hanım, on pose d’abord le remplissage le long du bord de la feuille ou de la fleur. Puis on progresse rang après rang vers l’intérieur. Les extrémités des points ne sont pas alignées ; on les laisse longues et courtes afin que le rang suivant puisse s’y glisser.

La nouvelle couleur est portée entre les points de la couleur précédente. Les tons clairs et foncés se fondent ainsi en douceur. On travaille sans laisser d’espace entre les points et sans surcharger inutilement le même endroit.

La direction des points suit la forme du motif. Sur les pétales, elle peut s’ouvrir en éventail ; sur les feuilles allongées, elle peut suivre le mouvement de la feuille. Dans certaines zones, on peut aussi employer des directions plus droites et parallèles.

Guider le tambour

Sur une machine à coudre, la longueur des points dépend du rapport entre la vitesse de la machine et le mouvement du tambour. À vitesse égale, déplacer le tambour plus vite allonge les points ; le déplacer plus lentement les raccourcit.

Nous guidons le tambour par de petits mouvements maîtrisés. Nous gardons les doigts sur le bord du tambour, loin de l’aiguille. Dans les courbes des fleurs, nous adoucissons le geste et maintenons une densité de remplissage régulière sur toute la surface. Un rythme de travail régulier aide les rangs à se fondre et la surface à paraître lisse.

Broder les fleurs et les feuilles

Sur les feuilles, nous utilisons l’olive clair dans les zones lumineuses, le vert foncé à la base et sur les bords ombrés. Nous orientons les points selon la forme de la feuille et adoucissons la rencontre des tons par des rangs imbriqués.

Le remplissage principal des tulipes est jaune doré. Nous créons de la profondeur en employant le ton ambré à la base des fleurs et dans certaines courbes. Nous préservons la séparation entre les pétales.

Sur les œillets, le rose poudré, le rose vif et le rose foncé se brodent ensemble. Nous progressons en suivant l’ouverture des pétales, en veillant à ce que leurs extrémités dentelées restent bien nettes.

Sur la fleur en éventail du centre, nous brodons les tons turquoise selon le mouvement de chaque pétale. La fusion des points clairs et foncés accentue l’aspect tout en volutes de la fleur. Nous achevons les remplissages colorés en terminant les petites fleurs bleues et jaunes.

Branches dorées et fines touches

Nous complétons les branches en volutes, certaines fines lignes autour des fleurs et les petits détails dorés au fil à broder machine métallisé.

Nous essayons d’abord le fil métallisé sur une chute d’essai. Selon les recommandations du fil utilisé, nous choisissons l’aiguille adaptée, réduisons la vitesse et réglons la tension. En gardant les lignes dorées fines, nous laissons les remplissages colorés bien visibles.

Un galon sobre, d’un seul trait

Un fin galon doré, continu, borde les quatre côtés de la nappe. Nous brodons ce galon sans tambour : nous retirons le tissu du tambour et réactivons les griffes d’entraînement de la machine.

Nous contrôlons à la règle la distance du galon par rapport aux bords, en conservant la même largeur sur les quatre côtés. Nous formons le galon avec un point bourdon étroit ou un zigzag serré, selon ce que permet la machine. Le fil métallisé étant plus enclin à casser dans les points denses, nous l’essayons d’abord sur une chute et brodons le galon à vitesse lente. Aux angles, nous tournons avec soin pour que la ligne se rejoigne proprement.

Les dernières finitions

Nous arrêtons les fils et coupons les bouts superflus avec de petits ciseaux. Nous terminons les ourlets avec le fil à coudre de la couleur du tissu et effaçons les traces de transfert selon les instructions du produit utilisé.

Le repassage final se fait à une température adaptée à l’entretien du tissu et des fils, sur l’envers et à travers une pattemouille. Pour préserver le relief de la broderie, nous plaçons une serviette moelleuse en dessous.

Pour l’entretien de la nappe, afin de protéger la viscose et le fil métallisé, nous privilégions un lavage délicat à l’eau froide ; nous la faisons sécher à plat, sans l’essorer.